Lycéens au cinéma

 

Cette année, quatre classes du lycée sont inscrites dans le dispositif Lycéens au cinéma. Il s’agit d’un ensemble de quatre projections en salle et en v.o.  de films d’auteurs, courts métrages, documentaires ou fictions, appartenant au patrimoine mondial du cinéma. Une carte de réduction dans le réseau des cinémas indépendants parisiens permet aux élèves de ces classes d’élargir leur culture cinématographique pour seulement 5 euros par séance.

Cette rubrique vous propose de lire des billets écrits par les élèves sur les films qu’ils ont découverts à partir de l’année 2022.

 

 En 2025-2026, les élèves verront :

 

En 2024-2025, les élèves ont vu :

 

 

Mad Max : fury road

Par Guillaume, élève de Première

Lorsqu’on m’a annoncé qu’un film allait consister, pour l’essentiel, en une poursuite en voiture de deux heures dans un désert post-apocalyptique, j’avoue avoir eu un petit sourire ironique. Un sourire du genre « ah, donc c’est ça le cinéma récompensé par six Oscars », assorti d’un enthousiasme personnel qui se situait quelque part entre la résignation et la curiosité policée.
Et pourtant, dès les premières images, quelque chose ne se passe pas tout à fait comme prévu. Les voitures sont énormes, difformes, absurdes — on dirait que Mad Max a convaincu une casse automobile entière de participer à un défilé de mode. Et au milieu de tout ce fracas, un guitariste crache des flammes sur un camion en marche (une guitare qui crache des flammes, je précise — nous ne sommes pas sur un détail). On pourrait alors croire que l’ennui guette, et pourtant une sorte d’alchimie étrange – s’il on peut le dire ainsi – finit par opérer, peu à peu.
Le héros, Max, parle si peu qu’on finit par se demander si le film ne porte pas plutôt sur Furiosa — qui, elle, agit, décide, et possède un bras mécanique avec une désinvolture admirable. Le grand méchant, Immortan Joe, dirige son peuple en monopolisant l’eau tout en leur conseillant de ne pas y être accros — ce qui est, disons-le, une forme de cohérence politique assez déroutante.
Ce qui surprend vraiment, c’est que le film dit des choses — sur le pouvoir, sur la liberté, sur les corps que l’on s’approprie — sans jamais s’arrêter ne serait-ce qu’une minute pour expliquer qu’il les dit. Tout passe par le mouvement, les visages, les gestes.
Il y a bien quelques réserves à formuler. On aurait aimé une respiration de temps en temps — une scène un peu moins sonore, un silence, quelque chose qui permette de penser entre deux explosions. Et la narration reste, c’est évident, d’une simplicité radicale : aller, revenir. Partir pour mieux revenir. C’est beau comme schéma, mais ce n’est pas exactement Dostoïevski.
Au final, le bilan est plus compliqué à formuler qu’on ne le pensait en entrant dans la salle. On ne peut pas dire que le film est mauvais — ce serait malhonnête. Mais on ne peut pas non plus prétendre qu’on en ressort transporté ou bouleversé. On en ressort surtout un peu étourdi, avec l’impression d’avoir assisté à quelque chose d’assez fort sans avoir eu le temps de comprendre exactement quoi. Ce qui gêne, finalement, c’est que le film ne nous laisse jamais vraiment entrer. Tout va trop vite, tout est trop fort, et dès qu’on commence à s’intéresser à un personnage, une nouvelle explosion remet les compteurs à zéro. C’est le genre de cinéma qui impressionne sur le moment et dont on peine à se souvenir précisément le lendemain.
Ni déception franche, ni enthousiasme débordant — plutôt ce sentiment un peu tiède qu’on a parfois devant un plat correct : on a mangé, c’était bien préparé, mais on n’en rêverait pas la nuit. Il faut tout de même reconnaître une chose : le projet Lycéens et apprentis au cinéma a au moins le mérite d’exister. Nous faire voir des films qu’on n’aurait certainement pas choisis de nous-mêmes, nous forcer à nous asseoir devant quelque chose d’inattendu, nous donner ensuite quelque chose à en dire — c’est exactement ce à quoi sert ce genre de dispositif. Sur ce point-là, la case est cochée. Reste à savoir si la prochaine séance sera un peu moins sonore.

All we imagine as light 

par Guillaume, élève de Première.

Soyons honnêtes : il ne se passe pas grand-chose. Ou plutôt, il se passe un certain nombre de choses intérieures, et la réalisatrice a décidé que c’était suffisant. Au bout de vingt minutes, on se demande si l’intrigue a prévu de se manifester. Elle ne le fera pas vraiment — et c’est un choix assumé que l’on finira par respecter.
Ce qui retient pourtant l’attention, c’est la manière dont le film dit quelque chose d’assez « féroce » sur la condition des femmes dans la société indienne, sans jamais hausser le ton. Le mari absent qui offre à sa femme un autocuiseur — cadeau pratique, fonctionnel, dévastateur — est peut-être la scène la plus politique du film. Tout le sexisme ordinaire d’une société qui assigne les femmes à leur utilité domestique tient dans cet objet posé sur une table, sans un mot.
Personnellement, j’ai décroché par moments — et pas seulement à cause du jeudi matin. Le film reste souvent dans le flou, dans le diffus, comme s’il craignait d’affirmer trop clairement ce qu’il montre. On sent des choses sans toujours savoir lesquelles. C’est voulu, sans doute. Mais entre intention artistique et sentiment d’être un peu laissé sur le bord de la route, la frontière est parfois mince.
Reste la lumière dorée sur Mumbai la nuit, des actrices d’une justesse rare, et cet autocuiseur qu’on n’oublie pas de sitôt. Pour un film vu un jeudi matin, c’est déjà beaucoup.

La nuit des femmes de Kinuyo Tanaka

« J’ai trouvé ce film très intéressant par la manière dont Kinuyo Tanaka montre le rejet que subissent les prostituées malgré leur volonté de s’intégrer dans la société. Sujet qui fait rarement débattre, j’ai trouvé aussi intéressant de voir le point de vue qu’ont les prostituées sur leur métier, ici Kinuyo Tanaka nous dit dans certaines scènes que Kumiko, le personnage principal, n’a d’autre choix que de se remettre à la prostitution à cause de la méfiance des autres qui la ramènent toujours à son passé. »

Timothée

« La nuit des femmes est un film fort et engagé qui met en lumière la condition féminine à travers une narration intime. Il y a une atmosphère nocture qui devient un espace de révélation, de résistance et parfois de libération pour les personnages féminins. Chaque femme représentée incarne une réalité différente, mais elles sont unies par des expériences de domination, de lutte et de silence. La mise en scène, souvent sombre, sobre et réaliste renforce l’impact émotionnel de ses personnages. Le rythme et lent, mais cela permet de laisser le temps aux émotions de s’installer. C’est un film poignant et courageux qui donne la parole à des femmes qu’on entend peu. »

Solal

« Le parcours de Kumiko, filmé sans artifice, m’a entraîné bien plus loin que prévu. Pas d’effet inutile ; pas d’insistance. Simplement une manière claire et douce de suivre une femme qui tente de reprendre sa vie en main dans un monde où les règles sociales la précèdent et l’entravent constamment. La mise en scène garde une précision quasi-transparente, qui laisse « respirer » les émotions sans les noyer d’explications. Mais c’est surtout la dignité de la protagoniste qui marque.(…) On ressent son chemin plus qu’on ne l’analyse et c’est précisément là que le film touche juste. Tanaka observe sans accuser, montre sans dénoncer et laisse ainsi au spectateur la place nécessaire pour sentir ce que traverse son héroïne. »

Guillaume

Années précédentes

Beetlejuice Beetlejuice (2024)

par Alizée, élève de Première 4

Beetlejuice Beetlejuice est le second volet du film Beetlejuice sorti en 1988, tous deux sont réalisés par Tim Burton. Dans son dernier film, les multiples intrigues inabouties et l’absence de développement des personnages rendent le film confus. De plus les scènes et le dénouement sont assez prévisibles et clichés. Avec l’utilisation des nouveaux effets spéciaux, nous perdons un peu l’essence artisanal et unique du premier film. Cependant les rôles sont très bien interprétés et retrouver des références du premier opus est très plaisant.

Femmes au bord de la crise de nerfs
(Mujeres al borde de un ataque de nervios)

par Chloé, élève de Première 4

Femmes au bord de la crise de nerfs est un film de Pedro Almodovar sorti en 1988. Pedro Almodovar est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur espagnol qui, suite à la fin du régime franquiste, devient très vite l’un des cinéastes espagnols les plus connus des années 80, 90 et 2000. Almodovar a réalisé des films féministes comme Etreintes Brisées (2009) ou Volver (2005) qui ont un grand retentissement.  Femmes au bord de la crise de nerfs est son premier succès international. Cette incroyable comédie a remporté les titres de meilleur film étranger aux BAFTA, Golden Globes et Oscars du cinéma. Elle raconte l’histoire de Pepa, qui voit son amant du nom d’Ivan, la quitter en partant pour un voyage d’affaires. Sauf que Pepa doit absolument lui dire quelque chose et va chercher par tous les moyens à communiquer avec lui pendant deux jours. Mais tout en le cherchant incessamment, elle manque de faire une crise de nerfs…

Femmes au bord de la crise de nerfs est un film très spécifique face à une situation particulière. Le film dure une heure et demie pour qu’il y soit représenté deux jours complets. Le casting est presque exclusivement féminin à quelques exceptions près. Il contient Carmen Maura qui joue le personnage principal de Pepa, Rossy de Palma jouant Marisa, la fiancée de Carlos qui est interprété, lui, par Antonio Banderas. Ensuite, nous avons Maria Barranco dans le rôle de Candela, Julieta Serrano dans le rôle de Lucia, l’ancienne amante d’Ivan. Et enfin Fernando Guillén dans le rôle d’Ivan.

Femmes au bord de la crise de nerfs montre particulièrement le stéréotype de la femme bien habillée, avec les lèvres rouges et les ongles magnifiquement faits. Ceci montre la femme à son plein pouvoir de séduction en tant que femme indépendante, travailleuse et restant fidèle à elle-même. Pepa a utilisé tout ce qui était en son pouvoir pour dire à Ivan, la « grande » nouvelle qu’elle a à partager avec lui, même si elle n’attend rien de spécial de sa part. Sauf qu’au moment de le lui dire, elle a finalement compris comment était Ivan et a préféré se taire. Ainsi par son choix, elle a montré qu’elle décidait de rester comme elle était ; c’est-à-dire indépendante de l’homme qu’est Ivan, le « séducteur ». Elle a choisi son indépendance et sa liberté en gérant cette nouvelle toute seule.

Dans Femmes au bord de la crise de nerfs, on voit beaucoup de couleur avec notamment les habits de Pepa qui sont souvent rouges ; mais aussi avec l’appartement de celle-ci. L’appartement a un décor assez unique avec des objets inconvenants à l’appartement grand, moderne et lumineux. Je pense que cette mise en scène, car c’en est une, est faite ainsi exprès afin d’attirer l’attention des spectateurs sur les éléments troublants dans une scène. Ces objets montrent la folie de Pepa et son état d’esprit qui est hystérique. Comme quand elle fait brûler son matelas, elle regarde attentivement, pendant un moment ce qui se passe devant elle. La façon dont le tissu prend feu et les flammes qui s’élèvent, elle n’en prend pas ombrage jusqu’à ce qu’elle commence à tousser, ce qui la fait se ressaisir et éteindre le feu.

Il en n’est pas moins que ce film veut nous montrer la condition des femmes à cette époque. Grandes séductrices et indépendantes, ces femmes peuvent être charmées et devenir dépendantes d’un homme mais elles réussissent sans mal à s’en détacher pour affronter n’importe quelle situation. Même au bord de la crise de nerfs…